Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /2008 21:08


Lettre pour un concours d’internautes. Lettre écrite il y a dix ans, reçue actuellement.

http://enriqueta.over-blog.com/article-24429359.html  

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Arnaud Brignac

34 Grande Place

24250 Montignac.

 

 

 

 

 

                                                       A Julien Deville

                                                        Par l’étude de Maître Jules Grenier

                                                        22 rue Jules Clédat

                                                        24250 Montignac. 

 

 

                                                       Le 12 décembre 1998.

 

 

 

 

Cher Julien,


Ah ! Tu es surpris de recevoir cette lettre ? Que te dis-tu, à présent , que maître Grenier vient de la déposer devant toi, que tu l’as décachetée, que tu viens de voir mon nom, que tu as revu mon enterrement défiler dans ta tête, que tu as ressenti une forte  émotion ? "Qu’est-ce qu’il me veut l’Arnaud ? Qu’a-t-il fait ? Pourquoi me glisser sur son testament ?" Est-ce que  tu penses cela , cher Julien ? Et tu regardes la date de la rédaction de la lettre. 12 décembre 1998. Ah ! Oui, tu te souviens. C’est l’époque où j’ai eu ma première attaque. Je t’avais dit que j’en avais pour dix ans. Tu ne me croyais pas. Personne ne me croyait quand je disais que j’en avais pour dix ans. Vous aviez raison de ne pas me croire. Vous aviez tous raison. Pourquoi annoncer aux autres que l'on connaît le jour de sa propre mort ,alors que beaucoup l’ignorent  ?

Tu es chez maître Grenier. Son  étude n’a pas dû beaucoup changer depuis que je lui ai apporté ma lettre, la dernière lettre. Celle qui te serait destinée. Que tu as entre les mains,  aujourd’hui.  Allez, retiens tes larmes. Je vais bien derrière le monde. Ici, je ne souffre plus. Ah ! Tu souris.. Tu entends encore mes paroles. J’y croyais tellement à l’autre monde et toi tu n’y croyais pas tellement. Avoue-le ! Ce n’est pas pour cela que je t’écris. Je ne te  ferai jamais croire en quelque chose, auquel tu ne crois pas. N’est-ce pas ?

Tu te demandes depuis quand nous nous connaissions quand j’ai écrit cette lettre ? Tu avais trente ans Julien. Tu étais arrivé depuis dix ans dans notre village. Je te connaissais bien. J’avais eu loisir et grand plaisir à te connaître, avec toutes nos  discutions autour du feu de la cheminée pendant de longs hivers et dans le jardin pendant les étés. C’était agréable, cher Julien. Un plaisir que je partageais avec le père Nahon qui se joignait à nous. Souvent. Lui aussi était seul, même s’il ne le disait pas. Ici, dans notre village, personne n’évoque la solitude et pourtant, nous sommes seuls. Peut-être plus seuls que dans les villes. Nous avions l’habitude de ne pas nous plaindre. Toi, non plus, Troubadour, tu ne te plaignais pas. Tu ne t’es jamais plaint de la vie qui ne t’a pas gâté.

Bien sûr, que tu tournes les pages de ma lettre. Tu les parcours du regard. Maître grenier lit le testament. Tu hérites de ma propriété avec ses terrains. Ah ! Tu es étonné. Ta baraque que tu occupes dans les fonds du bois de la « croix sainte Marguerite » m’appartient. Bien sûr, cher Julien. Et je ne t’avais rien dit. Personne ne t’avait rien dit. Pas un paysan du coin. Pas un commerçant,  parmi ceux qui restent dans le village ne t’avaient dit que les terres, les bois, m’appartenaient. Et aujourd’hui, tu es à la tête des prairies, des bois et de la maison derrière la place du village. La maison du maire m’appartiens, te dis-tu , très étonné. Retiens tes larmes, Troubadour.

Maître Grenier  m’a promis de t’annoncer ,avant même, que tu saches que tu sois  mon héritier que les droits de succession sont payés à l’avance, sinon, ce ne serait pas un beau cadeau. Un beau présent comme on dit ici.

Es-tu content, Julien ?  Ah ! Tu es étonné.. Tu n’en reviens pas. Tu te dis que  j’avais prévu que tu serais mon héritier depuis dix ans et je n’en avais parlé à personne. Ni même à père Nahon. Pas une seule allusion. Pas même avant de quitter le village.. Pas un mot. Ah !  Tu me traîtes  de gueux, de pierre tombale.. C’était  tes mots quand tu parlais des paysans du coin. Ce sont des gueux, disais-tu ? "Ils sont têtus comme des mules. Ils sont fabriqués dans du marbre. Quand ils ont décidé de ne pas parler, rien ne les fera parler.. Plus secret qu’eux, tu meurs," disais-tu. Tu étais fier de nous, toi le Troubadour.. J’étais fier d’appartenir à cette race de paysans même si j’étais le maire du village. Plus encore parce que j’étais le maire, je comprenais mes administrés, mais aussi des amis. Beaucoup d’amis parmi ces paysans ou enfants de paysans. Un monde fermé, mais qui n’était pas hostile. Un monde qui t’avait adopté, que tu avais su apprivoiser, parce que,  cher Julien, en apparence, tu es un troubadour, mais au fond, tu es comme nous, quelqu’un de fermé, quelqu’un de seul et qui ne se plaindra jamais de la dureté de la vie.

Tu te souviens, maintenant, quand tu es arrivé à Montignac ? C’était durant un mois de  juillet au moment du carnaval. Tu étais allé directement à l’église rencontrer le père Nahon. Il t’avait été recommandé par un autre prêtre à Nice, je crois. Tu ne savais pas si tu allais rester ou repartir. Comment allais-tu vivre ici , dès que les touristes seraient partis ?   Tu avais une mine de qualités et parmi ses qualités, tu savais jardiner. Et les jardiniers ici, dans notre village et les alentours sont très sollicités. Nous t’avons recommandé le père Nahon et moi, auprès des paysans et des ouvriers qui ne pouvaient plus jardiner. Tu les aidais  à tailler les haies, les potagers, à planter les légumes. Tout ce qu’il y avait à faire, tu le faisais avec goût et respect pour ces gens.  Et le soir, tu venais à la maison avant de rentrer dans ta baraque que tu ne voulais pas quitter pour un appartement en ville. Tu aimais ta baraque au fond des bois. Et aujourd’hui la baraque et les bois t’appartiennent. Tout est à toi.

Ah ! Tu comprends enfin pourquoi je n’ai jamais vendu mes brebis, même lorsque j’étais en état de ne plus m’en occuper ?

Ah ! Tu comprends enfin pourquoi, j’ai tenu à ce que le bois soit coupé pour cet hiver comme si je savais que la cheminée serait encore allumée ?

Cher Julien, dois-je te le dire ?   A travers tes chansons de troubadour, et tes poésies, tu faisais vivre mon rêve, ma jeunesse et rien que pour cela, je t’étais reconnaissant de rester parmi nous dans notre village.

N’oublie pas, d’ouvrir la fenêtre au fond du grand couloir de la maison.. Tu apercevras durant la nuit, ce que personne ne peut apercevoir. La lumière derrière les nuages et derrière les étoiles. Je suis certain, qu’elle t’inspirera.

Je te dis adieu Cher Julien. Prends bien soin de toi.

 

Arnaud



 

 

 

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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /2008 17:50

 Oiseau bleu féerique (puella d'Irena)

                                     


Isabelle Jordan

 

 

Isabelle Jordan, âgée de quatorze ans, élève de la troisième B2 au collège Victor Hugo est allée en classe ce matin. Elle s’est levée à la même heure que les autres jours. Elle a pris son petit déjeuner, en silence, dans la grande cuisine de son appartement qui se situe au premier étage, d’une résidence grand- standing. Elle s’est préparée, en silence,  pour partir au collège. Elle a fermé la porte de l’appartement, à la même heure que les autres jours. Elle est arrivée au collège juste à l’heure comme les autres jours. Rien ne change, se dit Isabelle quand elle aperçoit ses camarades dans la cour du collège. Rien ne change pour personne. Sauf pour elle. Quelque chose a changé, alors qu’elle n’aurait pas voulu que sa vie change. Surtout que rien ne change.  Elle qui a une vie bien rangée, bien organisée, elle qui ne fait pas parler d’elle au collège et ailleurs. Isabelle pensait, jusqu’à présent, que rien ne changerait, que l’Eternel lui avait tracé un bel avenir comme le dit sa grand-mère avec laquelle, Isabelle aime discuter et rire. Elle aime rire,  Isabelle Jordan.  Toutefois, aujourd’hui, installée au fond de la classe, près de la vitre, Isabelle ne rit pas. Elle n’a pas le sourire, Isabelle Jordan. Elle regarde par la fenêtre, tourne le dos aux autres élèves, n’écoute pas le professeur qui termine sa leçon d’histoire. Elle en a rien à foutre de la leçon, se dit-elle. Elle préfère regarder les oiseaux dans le ciel, même si le ciel est gris.  Elle se lèverait bien de sa chaise, marcherait doucement vers la sortie et fermerait la porte de la classe, descendrait les marches avec son linoléum bleu et noir, traverserait la cour, franchirait le portail bleu et s’en irait, s’en irait loin de cette classe, de ce collège. Où irait-elle ?  Elle ne peut pas sortir sans autorisation de ses parents. Elle n’en a pas demandée. Elle aurait dû s’imaginer qu’elle en aurait besoin, un jour. . Elle ne pensait pas que le « ça » la reprendrait, aujourd’hui, à cette heure de la journée. Non, en général,  le « ça »  commence  le soir, à la tombée de la nuit. C’est pour cela qu’elle est étonnée de sentir les prémices de « ça », en elle. Elle sait bien que c’est le « ça » qui surgit  dans sa tête et qui submergera, dans un instant,  tout son corps.  Le ciel est trop gris et trop noir pour que ce ne soit pas « ça » qui lui brouille déjà la vue. Les oiseaux,  au loin,  l’apercevront-ils  et l’emmèneront-ils, se demande, désespérée, Isabelle Jordan, qui ne comprend pas que le ça » se manifeste à cette heure de la journée. Les oiseaux bleus et blancs viendront-ils  la chercher dans un instant comme ils le font dans la nuit quand elle aux prises avec le « ça » dans sa tête et dans son corps ? Auront-ils le pouvoir de traverser la baie vitrée ?  Des oiseaux voltigent près de la fenêtre. Sa vue est embrouillée. Elle ne voit que des oiseaux noirs, aussi noirs que des corbeaux. Ce ne sont pas des corbeaux, pense-t-elle.  Elle n’aime pas les corbeaux. Sa vue est embrouillée. Ce sont les oiseaux bleus et blancs qui viennent la chercher.  Sa vue est  trop embrouillée pour les apercevoir  clairement. Elle essaie de s’approcher de la fenêtre. Elle ne peut pas bouger. Son regard se pose sur les corbeaux qui par centaines la narguent  sur le rebord de la fenêtre, et sur les arbres dans la cour du collège. Isabelle Jordan  aimerait les chasser en ouvrant la fenêtre.  Elle aimerait pouvoir bouger, de sa chaise en bois clair, presque dorée quand les rayons de soleil se reflètent dans la classe. Le ciel est tellement gris, ce matin. Presque noir. Elle ne doute plus, un seul instant. C’est le  « ça » qui est revenu dans sa tête. Sa tête bourdonne. Elle n’entend plus que le bourdon dans sa tête. Elle ne peut pas chasser les corbeaux qui se sont réunis devant la fenêtre.  Elle ne comprend pas pourquoi elle n’entend plus aucun bruit dans la classe. Pourquoi le silence l’oppresse. Elle doit sortir de cette classe, se dit Isabelle Jordan.  Ses camarades sont encore dans la classe et le « ça » l’empêche de les entendre. Le cours d’histoire n’est pas encore terminé et si elle n’entend plus rien, c’est à cause du « ça » qui submerge son corps entièrement. Elle pourrait lever le doigt et demander l’autorisation de sortir. Elle essaie de se retourner et elle ne peut pas bouger. Elle ne s’est donc pas trompée. C’est bien  le « ça » qui submerge son corps.  Elle se sent perdue, Isabelle Jordan. Il n’aurait pas dû revenir en pleine journée. Elle n’a pas  le contrôle du « ça » que le soir et dans la nuit . Il lui suffit d’être seule. D’éteindre la lumière et de s’allonger sur son lit ou de s’asseoir sur un fauteuil. Le « ça » ne lui brouille pas la vue, son corps peut plonger au fond de la terre,  et une fois au fond de la terre, quelqu’un surgit, entouré d’ oiseaux blancs et bleus et  il l’élève dans le ciel. Elle voyage dans les nuages et dans les étoiles. Elle voyage jusqu’au matin. Et le matin, tout recommence. Sa tête ne bourdonne plus,  son corps s’est apaisé et cette fatigue lourde qu’elle ressentait la veille a disparu, envolée..  Isabelle Jordan tend la main vers la fenêtre, mais sa main ne bouge plus. Combien de temps se passe ainsi sans qu’Isabelle Jordan ne puisse réagir au « ça «  qui l’a entièrement  submergé ?

 

 

Les élèves ont bien vu qu’Isabelle Jordan, dès son arrivée dans le collège,  n’était pas comme les autres jours. Quelque chose avait changé en elle. Isabelle Jordan ne souriait plus et dans son regard,  une ombre, une ombre et non l’éclat de vie des autres jours. Toujours. Isabelle Jordan n’a parlé avec personne.  Inimaginable.  Isabelle adore expliquer aux uns et aux autres,  le pourquoi de tout ce qui arrive.  Isabelle essaie de  comprendre le moindre événement, la moindre nouvelle,  à voix haute. Ainsi,  entraîne-t-elle, les uns et les  autres vers des réflexions qui ne sont pas de leur âge ou pas de leur temps.

Pourquoi Isabelle Jordan ne discute pas et ne réagit  aux interpellations de ses camarades ? 

Pourquoi Isabelle Jordan ce matin, s’est installée au fond de la classe, seule, à côté de la baie vitrée ? Pourquoi Isabelle Jordan est sombre et à un visage livide ? Pourquoi Isabelle Jourdan ne leur adresse pas la parole et ne répond pas aux professeurs, alors qu’Isabelle Jourdan aime participer à tous les cours, car tous les cours la passionnent ? Pourquoi la vie ne semble être qu’un cauchemar pour Isabelle Jordan alors qu’elle n’était qu’un jeu, jusqu’à présent ?

Pourquoi, son corps se fige t-il devant la vitre ?

Pourquoi Isabelle Jordan est-elle aussi livide ?

Pourquoi Isabelle Jordan tombe  comme une masse dans la classe ?

 

Isabelle Jordan est malade.

Elle est hospitalisée depuis huit jours dans un centre anti-cancéreux. Elle vient d’être opérée d’une tumeur au cerveau. Tumeur bénigne disent les médecins.

Elle reviendra dans sa classe, en troisième B2, au collège Victor Hugo. La vie reprendra son cours comme si rien n’avait changé. Mais la vie aura changé. Isabelle Jordan sait que les oiseaux bleus et blancs voyagent dans le ciel et que notre regard dans ce monde ne les voit pas.  Isabelle Jordan  verra les oiseaux bleus et blancs quand le soir, un ange lui prendra  la main. Toujours. Destin que lui a tracé l’Eternel.

 

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Mardi 9 décembre 2008 2 09 /12 /2008 22:21
 




 


Par clem22 - Communauté : Partage
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /2008 00:14

Texte supprimé par l'auteur du blog. 
C.S.  

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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /2008 23:56




arbres et branches sous la neige

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