Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /2008 09:38

 

L’inconnu

 

J’étais une petite fille rêveuse. Je passais mon temps à m’imaginer des histoires,  me disaient les adultes. Je savais bien que ce n’était pas des histoires. J’étais attirée par l’inconnu. C’était mon rêve. Je cherchais à comprendre ce que les gens ne semblaient même pas voir. Je cherchais à connaître les mystères de la nature.  Qui y avait-il derrière les nuages, la pluie, le vent, les êtres humains, cette masse d’humains quand elle défile dans les rues ou dans les magasins ? Je sentais qu’il y avait une force indomptable,  derrière tout cela. Je voulais savoir, connaître, connaître l’inconnu.

Un matin de bonne heure, je me suis levée. J’ai regardé par la fenêtre. Le ciel était bleu, d’un bleu intense. Inimaginable en région parisienne. Inimaginable, cette boule de feu  à l’horizon qui s’élevait et m’appelait. L’inconnu m’appelait. Il fallait que je me dépêche de partir, de quitter la maison. Personne encore n’était levé. Je pensais avoir  le temps de revenir avant que mon père ne s’aperçoive de ma disparition. J’enfilais mon jean et mon pull noir, un pull léger aussi léger que l’air qui entrait dans ma chambre.

Pas de petit déjeuner. Je n’avais pas faim. Je ne voyais que la boule de feu à l’horizon. Je n’entendais que son appel lointain. Doucement, j’ouvrais la porte de la maison ?  Très doucement. Je devenais comme Raymond, mon chat, qui ouvre la porte avec sa patte de velours. Je n’attendais pas l’ascenseur. Il était dangereux que quelqu’un me rencontre à cette heure-là et prévienne mon père. 

Je m’enfuyais vers l’inconnu en dévalant les escaliers à

toute vitesse. J’arrivais en bas de l’immeuble. Le ciel était immensément bleu et la boule de feu m’appelait toujours. Je courais dans la ville. Je me fondais dans les rayons du soleil, de la boule de feu. J’entrais dans un parc. Le parc était merveilleusement beau.

 Et là, je rencontrais un inconnu. Il était assis sur le banc. Il ne disait rien. Un oiseau n’a pas de parole. Sa chanson est sans parole ou n’est que paroles inconnues

Je m’avançais vers lui, à petits pas.  J’avais peur

de l’effrayer. Pourtant, je ne pouvais pas l’effrayer. Il m’attendait. Il savait que je viendrais, ce matin,  et non,  un autre jour.

Son regard était intense. Je le suivrai partout. Je le suivrai au bout du monde,  s’il me le demandait. Je ne l’ai pas suivi au bout du monde. J’ai entendu des sirènes. La police m’a encerclée et m’a interpellée  à 10 heures du matin..

J’étais une enfant rêveuse.

La police m’a ramenée à la maison. Personne n’a compris que j’avais rencontré, ce matin-là,  l’inconnu, assis sur le banc du parc.

Personne ne croit en l’inconnu.

 

 

 

 

 

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