Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 00:41






3 – L’ancienne co-locataire de Jenny et ses acolytes.

 

      Jenny, toujours assise en tailleur sur la chaise bleue, me regarde. Elle sait que j’attends la suite de son récit.  J’essaie de m’imaginer : Vera MICHEL revient accompagnée d’amis, beaucoup d’amis, lui dis-je discrètement.

Jenny soupire. Jenny est encore outrée par cette histoire.  Vera MICHEL revient accompagnée de trois hommes qui ont  une allure très louche. Jenny saute de la chaise. Tu vois, dit-elle, les pantalons, à taille basse, plus que basse, on voit les fesses à moitié et on dirait qu’ils ont fait dans leur culotte. Et ils étaient crades les pantalons, mais alors d’une saleté à vomir.. et des tee-shirts délavés avec des dessins de nazes,  Jenny remonte ses manches et elle dit : des tatouages partout sur les bras, des bras musclés, des faux muscles, tu sais ceux qu’on voit sur les rings de match  de karaté,  et Jenny du haut de son mètre cinquante cinq, élève un peu la voix  pour m’apprendre que les mecs, c’était des molosses de plus de un mètre quatre-vingt.. Jenny a l’habitude de voir des molosses quand elle travaille le week-end  à la cafétéria du centre ville, mais là, elle remarque tout de suite, qu’ils n’ont pas l’air franc, le regard fuyant et qui change d’expression toutes les secondes,  ne lui vaut rien du tout,  de bon… Elle a peur Jenny, mais elle ne le montre pas. Elle a peur de ces molosses qui sont accompagnés par leurs chiens et des chiens interdits en France s’écrit Jenny : des pit-bull. Elle a horreur de ces chiens.. Des chiens qui sont laids, d’une laideur horrible et qui ne reflète que la méchanceté des propriétaires de ces chiens. Oui c’est cela dit Jenny en se s’asseyant à nouveau sur la chaise bleue en tailleur et en relevant ses longs cheveux bruns bouclés. Imagine-toi, trois molosses et trois pit-bull dans un appartement de cinquante mètres carrés et Vera MICHEL complètement naze, assommée par je ne sais pas quoi, qui court dans sa chambre et qui s’y enferme à clé et qui n’embrasse même pas ses deux enfants qui se cachent dans la salle de bains dès qu’ils ont entendu les molosses entrer dans l’appartement. Imagine toi, ses trois molosses qui s’affalent sur le divan du salon, allument la télévision, se gavent de bière, en caressant leur pit-bull qui se sont fondus à leur pieds.. Et les enfants qui pleurent dans la salle de bains et Vera MICHEL qui s’est enfermée dans sa chambre et qui doit dormir et la télé qui hurle ses idioties de l’après-midi et bazar dans le salon. Le salon que j’avais bien rangé... Drôle d’après-midi. Je cours consoler Jonathan et sa petite sœur Noémie. Oui, elle s’appelle Noémie et tu sais elle est jolie, avec ses grands yeux verts et ses cheveux blonds  bouclés, très jolie avec son petit minois d’enfant triste, un peu triste. Je vais dans la salle de bains et Noémie pleure et elle se gratte la tête. Elle ne cesse de se gratter la tête. Je regarde. Noémie a une tête infestée par les poux. Des poux le long de ses cheveux blonds, des poux dans la tête. Ce n’est pas un pou, c’est une invasion  de poux et elle a des plaques rouges sur ses petits bras maigres et elle pleure, pleure Noémie en se grattant la tête. Que faire ? Je n’ai pas de peigne et pas de produits contre les poux ? A qui demander des sous  pour la pharmacie ? Ce n’est quand même pas à moi à payer les soins de la petite fille ? Je ne réfléchis plus. Je propose à Jonathan que nous allions tous les trois à la pharmacie chercher des produits. Jonathan a séché ses larmes et il essaie de consoler Noémie qui se gratte toujours la tête et qui a du sang sur ses ongles. Mon dieu.. Mon dieu s’écrie Jenny.. Tu me vois, avec ces deux gamins.. Mon sang ne fait qu’un tour.. Je prends les deux gamins par la main. Je traverse le salon. Les molosses, à moitié endormis ,ont éteint la télé. Les chiens grognent. Je me dis que je vais alerter la police s’ils ne décampent pas. Je me dis que je vais aller voir ma monitrice de stage et qu’elle va rédiger un signalement au procureur de la République. Je me dis que…  et je descends les escaliers en pierres, accompagnée des deux gamins qui ne pleurent plus. Ils sont contents, je pense de quitter cet appartement. Ils sont contents d’être avec moi. Je leur propose d’aller à la plage après être passés  à la pharmacie et je leur propose des tours de manège sur la place du Général de gaulle et ils sont contents et je me dis que je ne vais pas alerter la police. Pas encore. Je vais attendre. Mais je dois élaborer un plan pour faire déguerpir les molosses et leur pit-bull de l’appartement. J’ai un plan dans ma tête et quand je regarderai la mer avec les enfants, je visualiserai mon plan dans ma tête et ensuite j’agirai. C’est cela.. Je peaufinerai mon plan sur la plage en regardant la mer. Et quand je reviendrai dans l’appartement j’agirai et ils partiront et Vera MICHEL aura intérêt à s’occuper de ses enfants et à chercher un travail et à faire ses papiers.. Et tu vois, me dit Jenny.. Mon plan me paraissait infaillible quand j’étais sur la plage. Vraiment infaillible.

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