Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 23:20




Nous avons attendu  que les jours rallongent, que le soleil brille dans l’après-midi, pour enfin nous décider.

Nous avons eu le temps de chercher une solution pour nous enfuir de ce quatrième étage, sans que personne ne nous aperçoive et nous pose des questions farfelues. Les questions n’auraient pu qu’être farfelues. Ne pensez-vous pas ?

Louise avait surveillé et chronométré les allers -venus  des résidents dans la journée. Le matin, il n'était pas possible de quitter nos chambres. Trop de personnels circulaient de chambre en chambre. Ce ne sont pas des chambres, mais des studios, me diraient les aides soignants. Pour moi, ce sont des chambres, même, si elles sont très grandes. Rien ne ressemble à un appartement dans cette maison de retraite très prisée et décrite comme une maison de retraite pour personnes âgées riches. Quand nous sommes âgés, sommes-nous riches ou pauvres ? Nous n’avons que notre âge. L’argent, nous ne le gérons plus. Nous n’avons pas d’argent. Maison de retraite pour gens riches ou pauvres ? Louise et moi, nous nous en moquons éperdument. Maison de retraite que nous devions absolument fuir par un bel après-midi, en ce début de printemps.  Louise avait remarqué qu’à treize heures trente, plus personne ne traversait les couloirs. Les résidents regardaient la télévision au rez-de-chaussée ou  étaient dans leur studio.  Nous devions emprunter l’ascenseur jusqu’au premier étage et descendre, jusqu’au rez-de-chaussée, à pied. A cette heure là, les personnels mangeaient dans le restaurant,  à côté des cuisines. Personne ne nous verrait si nous empruntions l’issue de secours qui s’ouvrait sur le jardin. Il nous fallait éviter de passer par  le hall. L’hôtesse d’accueil pourrait nous apercevoir et nous poser des questions. Elle poserait des questions à la direction. La direction qu’elle joindrait par téléphone. Le hall était, donc, à proscrire. Louise avait vraiment tout prévu. Elle m’avait dit que j’aurais une bonne surprise quand nous aurions traversé le jardin. Je lui disais que je ne pourrais pas marcher longtemps, avec des deux fractures du col de fémur, j’étais vite fatiguée et je souffrais. Louise avait tout prévu.  Je devais m'attendre à une  grande surprise. Cette surprise me permettrait d'être confortablement installée. Je me suis dit que Louise avait plus d’une idée dans son sac. Elle avait plein d’idées dans son sac. Je me doutais bien que le fauteuil roulant qui avait disparu de la maison de retraite, les jours derniers, n’était pas une réelle disparition pour tout le monde.

Louise m’avait dit, la veille  de notre grande sortie, qu’elle avait écouté la météo. Il ferait beau.  Elle avait regardé le couchant du soleil et le sens du vent. Le vent venait du nord et le soleil était entouré de grandes nuées orangées. C’était le signe d’un temps radieux.  Les oiseaux chantaient dans le jardin. Ils chantaient une chanson ensoleillée, m’avait dit Louise qui aime écouter les chants des oiseaux. Depuis que je connais Louise, j’écoute aussi le chant des oiseaux. La veille de notre départ, ils chantaient gaiement dans le jardin.  Ils paraissaient heureux et ils semblaient nous encourager. Ils nous encourageaient à quitter cette maison de retraite. Louise m’avait recommandé de préparer mon sac,  à l’avance. Il était prêt. Et son sac était prêt. J’avais, même,  eu peur que ma fille, qui vient souvent me rendre visite, ne s’aperçoive que mon sac était rempli d’affaires. J’avais très peur. Elle ne s’est aperçue de rien puisqu’elle était en vacances au Maroc. Elle aime bien aller au Maroc, à cette époque de l’année. Elle a raison. Peu de vacanciers et elle n’a pas vu que mon sac était empli d’affaires. Mon fils, lui est venu, mais c’est un homme. Les hommes ne s’occupent pas des affaires de leur mère. Mon fils est très gentil. Il me demande si je vais bien et nous discutons. Parfois, il va me chercher un verre d’eau. Parfois, il me demande si je n’ai besoin de rien d’autres. Parfois, il m’apporte un bouquet de fleurs. Il aime bien les fleurs, mon fils. Il aime m’offrir de belles roses. Elles sont toujours belles et elles embellissent ma chambre. Non. Le studio.

 

Nous sommes parties, Louise et moi, à 13 heures 25 exactement. Le temps était superbe. Le soleil luisait. Un petit air de printemps se faufilait dans les arbres et sur les fleurs qui poussaient dans le jardin. Des petites fleurs jaunes et blanches.

J’ai marché jusqu’au figuier, au fond du jardin. Je ne voyais toujours pas la surprise de Louise.  Louise m’a dit de regarder derrière le figuier. Le fauteuil roulant était là. Celui qui avait été volé dans la maison de retraite. Louise l’avait masqué avec quelques branches. Je ne devais  pas avoir froid. Une fois installée sur le fauteuil, Louise  me couvrait les jambes d'une belle couverture bleue. Elle avait eu la délicatesse de la ranger dans un sac sous le fauteuil roulant.

Nous avons quitté le fond du jardin en empruntant un petit sentier,  jusqu’au bois. Et du bois, nous avons atteint l’avenue. La grande avenue était calme à cette heure de la journée. Louise m’a précisé  que nous allions prendre le train et nous irions à Bordeaux. Elle avait envie de revoir sa maison. Son ancienne maison. Je me suis dit que Bordeaux,  c’était bien loin de la maison de retraite des écureuils roux. C’était vraiment loin. Louise qui avait dû entendre mes pensées, me dit, que l’on aurait vite fait d’arriver à la gare. Elle a pris son téléphone portable en m’expliquant que les jeunes avaient tous leur téléphone portable. Elle  avait, par conséquent, un téléphone portable. Elle a téléphoné à la station de taxi en précisant qu’il fallait une grande voiture pour le fauteuil roulant.

Je me suis sentie gênée. Je n’avais aucun sou dans ma sac et aucun sou dans mes poches. Louis m’a dit de ne pas m’inquiéter et de ne pas me sentir gênée. Nous étions des amies. Et des amies devaient partager. Elle souhaitait partager avec moi, ses sous,  pour aller à Bordeaux. J’étais tellement contente de partir que j’ai accepté l’offre de Louise qui était encore plus heureuse que moi.
(à suivre).

 

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