Bordeaux,

Louise, dès notre arrivée, à la gare Montparnasse, a éteint son téléphone portable. Elle m’a dit, d’un ton déterminé, que personne ne devait nous ennuyer.
Nous avons pris notre billet au guichet comme tout le monde. J’étais quand même très impressionnée de me retrouver dans cette gare sur un fauteuil roulant. J’étais impressionnée par Louise qui sollicitait de l’aide aux passants pour monter le fauteuil roulant jusqu’aux quais. J’étais bien heureuse de revoir les trains comme si rien n’avait changé depuis des décennies, de nombreuses décennies..
Dans la gare, peu de voyageurs, en cette milieu de semaine, malgré le soleil qui brillait, qui ne cessait de briller sur les baies vitrées. Qui illuminait la gare. J’étais impressionnée par tous les oiseaux qui voletaient sous la verrière. Des oiseaux qui avaient dû perdre le sentiment de liberté. Prisonniers de la gare.
Dans le train, peu de voyageurs. Louise s’est assise en face de moi. Elle a sorti de son sac son journal et un magazine. Elle m’a dit que la lecture avait des vertus. Un puissant anti-vieillissement. Son cerveau ne vieillirait jamais. En plus, les auteurs étaient ses amis ou ses amoureux imaginaires. Elle ne s’ennuyait jamais en leur compagnie. Louise m’a proposé de lire à haute voix. Elle m’a lu des articles du journal qui relataient la vie politique. Elle m’a lu des articles du magazine qui relataient la vie de certains artistes. J’ai toujours aimé connaître la vie des artistes. Les artistes de cinéma ou de la chanson. Elle m’a cité des noms que je ne connaissais pas. Elle m’a montré les photos des personnages. Des personnages que je ne connaissais pas. Je me suis dit que le monde avait bien changé depuis que je ne voyais presque pas, depuis que je ne pouvais presque pas lire, Plus lire, faut bien l’avouer.. Louise regardait, de temps en temps, le paysage, sans oublier de me raconter ce qu’elle apercevait : les villes, les paysages.. Louise paraissait tellement heureuse de partir à Bordeaux. Je me demandais toujours, sans le dire à Louise, si un gardien n’allait pas surgir et nous poser des questions au sujet de notre voyage. Je me demandais, si une sirène n’allait pas stopper le train et si des gardiens ne viendraient pas nous chercher. Sans me l’avouer, j’étais morte de peur. Je pensais à ma fille qui allait s’inquiéter. Je pensais à mon fils qui serait alerté par ma fille et qui alerterait son frère aîné et son autre sœur en province. Ils allaient, tous, être très inquiets. Je me disais que je n’aurai pas dû suivre Louise sans prévenir mes enfants. Je me disais que si je les avais prévenus, ils m’auraient empêché de suivre Louise et ils auraient compromis notre beau voyage. Je ne devais pas faire de la peine à Louise qui était devenue ma meilleure amie. Louise qui avait tout prévu. Elle avait prévu des sandwiches au beurre et au jambon. Elle avait vu que mes dents étaient bien fragiles, et elle avait prévu des sandwiches aux pains au lait, bien moelleux. Nous avons mangé et bu du coca-cola avec plaisir. J’avoue que je ne connaissais pas le coca cola et j’ai eu le sentiment de rajeunir en buvant cette boisson des gens modernes. Louise m’a dit que le coca-cola possédait des vertus thérapeutiques et elle m’a fait un cours sur le coca-cola. J’avais appris beaucoup de choses avec Louise quand nous sommes parvenues à la gare de Bordeaux.
Je n’étais pas venue dans cette gare depuis plus de trente ans ou peut-être plus. Je ne reconnaissais plus rien. t. Je me sentais très bien. Le soleil reflétait ses rayons d’un jaune clair sur l’immensité de la ville. Les nuages blancs descendaient presque sur la terre. Je ne voyais que les arbres sur la place qui bourgeonnaient. La végétation était plus précoce qu’en région parisienne.
Louise a été obligée de rallumer son téléphone portable pour appeler un taxi. Elle avait l’intention de me conduire dans son ancienne maison, du côté de l’avenue Gambetta. Louise a écouté ses messages. Elle a soupiré et elle a dit que des « malfrats » étaient à nos trousses, mais ils ne viendraient pas nous chercher dans cette immense ville. Personne ne savait qu’elle avait une ancienne maison dans cette grande ville. Une ville magique. Louise m’a dit de regarder les nuages, de sentir l’air marin. Tout était magique, magnifique. Elle n’aurait jamais dû se perdre en région parisienne. Louise, en poussant mon fauteuil roulant, vers les taxis, m’a dit qu’elle exagérait toujours, car elle ne se plaisait nulle part. Elle avait passé sa vie, à partir de ville en ville. Jamais, elle n’avait pu s’arrêter vraiment dans un endroit. Sa maison, n’était pas sa maison. C’était un héritage. Elle y avait séjourné à peine un an et elle était partie dans une autre ville. Et la vie s’était écoulée, de villes en villes et parfois de pays en pays. Elle faisait quelques escales à Bordeaux. Jamais très longtemps, même si elle aimait cette ville.
J’écoutais toujours Louise quand nous avons atteint les taxis. Devant la station de taxis derrière la gare, nous avons eu une grande surprise. Très grande surprise.
A suivre..
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