Louise et la centenaire de la maison de retraite.
Bordeaux,

Le soleil brille sur les vitres. Alexandre est parti de bonne heure. Il a évité de nous réveiller. Il marchait à pas de chatons dans l'appartement. Je me suis levée dès qu’il a fermé la porte et entendu descendre les escaliers. J’ai lu à la loupe le mot qu’il avait déposé sur la table. Un mot des plus gentils. Des plus tendres envers Louise et moi. Un mot que j’ai rangé soigneusement et que j’ai mis dans mon grand cahier. Le cahier qui me suit partout. Je ne l’ouvre que pour ranger les petits mots que je reçois. Le petit mot d’Alexandre, vous le comprendrez est le plus précieux. Il est mon porte-bonheur. Ma joie. Ma consolation. Consolation d’avoir perdu la vue et de lire à la loupe. La loupe qui me suit partout et qui m’a suivie ici dans cet appartement de Bordeaux. Je réfléchis à tout cela, quand j’entends Louise qui arrive. Louise est déjà bien pimpante. Louise est prête à partir, me dit-elle. Où veut-elle aller, Louise ? A peine levée, Louise, veut s’en aller. M’explique qu’elle n’aime pas les appartements. Elle n’aime pas être enfermée. Il fait beau et le soleil l’attire vers les prairies, vers les arbres, vers le monde. M’explique tout cela en regardant le soleil, sur les vitres. Louise ouvre la porte-fenêtre, se promène sur le balcon. Louise me dit qu’elle va louer une auto et elle va conduire. Ce sera plus pratique pour se promener. Je ris. Je n’y crois pas ! Est-ce raisonnable ? Question à ne pas à poser à Louise qui entre dans le salon. Louise allume l’ordinateur d’Alexandre. Alexandre lui a permis d’utiliser son ordinateur et Internet. Louise cherche sur les sites, me dit-elle.
Elle se lève du fauteuil d’Alexandre. Elle approche une chaise du fauteuil. Me convie à m’installer et à regarder. Me recommande de prendre ma loupe. Je pourrais voir avec la loupe. Je suis très intéressée. Je m’installe. Je ne vois pas grand-chose, que des images qui défilent. Un paysage ? Non. Louise m’explique. J’aime les explications de Louise. Louise était professeur, me dit-elle. Elle était remplaçante dans les lycées. Elle n’aurait pas pu avoir de poste fixe, me dit-elle, en riant. Elle aurait pris la fuite. Les remplacements lui permettaient de rester un peu en place. Six mois par ci, par là. Louise est heureuse de m’expliquer. Elle cherche sur Internet une location de voiture. Me dit que c’est facile. Les obligations ? Il faut avoir plus de vingt et un ans. Louise rit. Elle a plus de vingt et un ans. Le prix ? Pas trop cher, s’exclame t-elle. Quelle marque ? Une Peugeot 207 ? Elle choisit une Peugeot 207. Assez spacieuse pour le fauteuil roulant. Nous allons nous promener dit Louise, ravie. Elle téléphone à présent. Le garage emmène la voiture. Facile ! Explique Louise qui est ravie d’avoir loué la voiture par Internet. Elle éteint l’ordinateur, revient sur le balcon. Le soleil, le vent léger, les arbres au loin. Les enfants à l’école en bas. La vie bouillonne. Louise attend la voiture.
(à suivre)
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