
Le retour à Paris se déroule mieux que je ne le pensais. Je n’ai aucune appréhension quand j’entre dans la maison de retraite, accompagnée d’Alexandre et de Louise. Louise qui me dit sur le palier que nous
repartirons bientôt. Je ris. Je suis heureuse de revoir ma fille Catherine et mon fils René qui nous attendent dans le hall. Ils sont heureux de
m’accompagner dans ma chambre. Je n’ai plus aucun chagrin de revenir là. On dirait que la semaine à Bordeaux a changé quelque chose en moi.
Il faut dire que le deuxième jour de ce grand voyage, le lendemain de la visite chez Marguerite, la locataire de l’appartement de Louise, je ne
pouvais plus bouger. J’avais cent tonnes de fatigue dans mes jambes, dans tout le corps. Je ne pouvais plus sortir. Je ne suis sortie que sur la terrasse et j’ai regardé le spectacle de la nature
qui s’éveillait. Les oiseaux qui chantaient à tue-tête dans les arbres en fleurs dès le matin. Les nuages qui flottaient dans le ciel bleu. D’un bleu magnifique. Les fleurs de toutes les couleurs
dans la prairie. Ce spectacle m’a suffit pour le restant de la semaine. Louise était un peu fatiguée. Elle me disait qu’elle ne se laisserait pas
gagner par la fatigue. Elle la domptait en sortant. En allant dans la forêt. En faisant des promenades avec la Peugeot 207 qu’elle a louée jusqu’à la fin de notre séjour chez Alexandre. Louise
qui ne peut pas rester dans le même endroit plus de deux jours. Louise qui veut respirer l’air pur. Louise qui a cherché une nouvelle maison de retraite à Bordeaux pour nous deux. J’ai refusé. Je
voulais entrer. Qu’importe si je ne me plais pas dans cette maison de retraite ! Je peux voir mes enfants qui viennent régulièrement. Ils sont heureux de me revoir. Ils sont émerveillés de
ce voyage avec Louise. Ils sont émerveillés que nous n’ayons pas eu de problèmes. Quels problèmes ? Des problèmes de santé ? Accidents ? Catherine et René ne répondent pas. Ils savent bien ce que je pense. Rien à craindre de la vie. Rien à craindre avant que ce ne soit arrivé. Et il n’arrive
jamais ce que l’on appréhende. Ils savent bien que je leur rappellerais que le danger, peut survenir dans cette maison de retraite. N’est-ce
pas ? Mauvais souvenir. Souvenir de l’hôpital après avoir été renversée par mon ancien voisin en fauteuil roulant. Mauvais souvenir quand j’ouvre la porte de la chambre. Un bouquet de
fleurs. Un oiseau dans la cage. C’est interdit. La direction tolère l’oiseau. Toléré pour la centenaire qui a fugué avec Louise qui a quatre vingt ans. Louise qui a dû entrer dans sa chambre.
Personne n’est venu accueillir Louise. Personne, malgré les appels téléphoniques intempestifs de ses neveux. Et j’ai vu une ombre se dessiner
sur son visage. Une ombre au fond de son regard.
Je lui ai dit que nous étions amies et que nous ne quitterions pas encore. Elle a sourit Louise. Elle a sourit comme si elle cachait une larme dans son cœur. Son cœur pleurait. Je l’entendais pleurer. Je ne voyais que l’ombre dans son regard. Je vois les ombres dans les regards. Je les verrai jusqu’à la fin de ma vie. Même aveugle, je les verrai.
Mes enfants sont repartis avec Alexandre. Alexandre qui m'a
promis de revenir plus souvent en région parisienne pour me voir et pour voir Louise.
L’oiseau chante dans sa cage. Je l’écoute, assise sur le grand fauteuil près de la fenêtre. Quelqu’un frappe à la porte. Je reconnais le pas de Louise. Louise est mon
amie.
Fin.
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