Linou le petit écureuil roux ,
Je suis revenu dans cette ville. Je suis revenu à la cime du platane. Je suis revenu entre ciel et terre. Je n’aurais jamais dû revenir. Je le sais bien. Partir dans mon monde. Un idéal. . Je le sais bien. Je suis resté, malgré moi. Je n’allais pas faire de peine à Martin, l’oiseau jaune et bleu. Je n’allais pas faire de peine à la boulangère et aux petits danseurs de la paix du monde. Il m’est impossible de repartir dans mon monde et je n’aime pas cette terre. Cette ville froide le matin et trop chaude, le soir. J’ai la nausée, à présent. Un profond dégoût s’est emparé de mon être. Tout mon être. Je ne le comprends pas.. Je n’aurais jamais dû revenir. Je ne serais plus tourmenté par l’idée de repartir. Une idée ? Un réflexe ? Pire. Une obsession.
Je dois réagir, encore une fois. Regarder la réalité en face. Qu’elle réalité ? Des questions ? Toujours.
Pourquoi me suis-je laissé emporter par le chagrin quand je n’ai pas vu mon ami Pierre le lapin géant ? Pourquoi n’ai-je pas remarqué, ce soir là, la lueur de la lumière ? Une lumière
différente des autres soirs. Pourquoi n’ai-je pas pensé que Pierre le lapin géant, pouvait être présent sans que je ne le voie ?
Mes yeux tristes de la nuit ne voyaient rien. En plein jour, je ne vois que la nuit. Une nuit qui n’en finit pas depuis la mort de Victor, le vieil oiseau. Victor était un peu déplumé par la vie. Une vie bien compliquée. Victor n’était pas un espion. Il protégeait les fleurs et les oiseaux. Il est mort, Victor. Il avait découvert qui se cachait sous des masques et qui avait kidnappé Pierre le lapin géant. Il est mort de savoir, de trop en savoir. J’aurais voulu donner ma vie pour lui. Je ne lui ai pas donné ma vie. Sa mort m’a enchaîné, éternellement, à lui. Pas un jour, pas une nuit ne s’écoulera sans que je ne pense à lui, sans que son image, l’image de son doux regard vienne troubler ma mémoire. Un trouble ? Non. Une question. Des questions, toujours.
Et je n’ai pas vu l’image de Pierre le lapin géant, l’autre soir. L’image irréelle qui se profilait dans la lumière.
Il n’est pas une simple image, Pierre le lapin géant. Il est dans cette ville, quelque part. Je sens sa présence à chaque endroit et même là, à la cime du platane. Présence réelle ou irréelle ? Les deux à la fois, sans aucun doute.
J’ai réagi. Le temps n’est plus aussi maussade. La ville n’est plus aussi triste.
Pierre le lapin géant, demain, ouvrira les portes aux enfants qui ont perdu leurs clés ou les codes des grilles des résidences. Je le sais bien. Je le sais depuis longtemps.. Je ne dois plus
douter. Je ne dois plus vouloir partir. Chasser l’obsession de toujours vouloir partir. Comment la chasser ? Une enquête ? Une nouvelle enquête demain s’ouvrira. D’ailleurs, un mail
urgent, s’affiche sur mon Iphone G3… Alexis et Bernardin de l’agence de la protection des animaux et de la nature m’appellent.. Je cours d’arbres en arbres.. Je cours….
A suivre
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