Mercredi 16 septembre 2009
3
16
/09
/2009
21:28
Monologue de la boulangère. La disparition du lapin géant..
;
Je me suis levée aux aurores. Je crois que je le cherchais. Je le cherchais dans la ville tout en refusant de croire, que je le cherchais. Je me disais que si je
le rencontrais, je ne lui sourirais pas. Je ne lui dirais pas bonjour. Rien du tout. Je me disais cela en longeant les trottoirs qui étaient vides de sens à cette heure du matin. Pas une voiture.
Pas un bruit. Une ville inanimée ? .. Non. Il suffisait de regarder le ciel. Le ciel et ses nuages. La nuit s’enfuyait. Le jour se levait lentement. Les oiseaux s’éveillaient. Je me disais
que c’était beau. Tout est beau le matin, quand la brise souffle dans les arbres. Les arbres encore verts. J’aime les arbres. Les arbres qui souffrent. J’aimerais les guérir des affres de
la pollution. Un réflexe, une pulsion, faute de guérir les humains ? Guérir les arbres ? Une utopie, penseraient les uns. Un rêve, diraient les autres. Qu’importe ! Je marchais dans la
ville. Je cherchais le lapin géant. Il fallait que je le voie, que j’entende son pas léger, que je sache qu’il ouvrirait les portes aux enfants égarés. Toutes les portes. Les portes de
l’imaginaire, des résidences, les portes des maisons. Il en avait le pouvoir. Il m’ouvrirait la porte du rêve. Le rêve qui me faisait danser sur les trottoirs, le matin, avant d’ouvrir la
boulangerie. Je ne dansais pas. Je marchais. Le vent, les oiseaux me conduisaient vers le parc. Autrefois, l’ange bleu. Aujourd’hui, le lapin géant. Est-ce le même personnage ? Valentine mon amie
m’a posé cette question. « Valentine toujours dans « l’esprit du temps » qui sait lire entre les lignes. Ah ! Valentine, une poétesse née. Je te parle là et tu es loin. Loin du tourment de la
ville. La ville est-elle tourmentée ? Pourquoi personnifier une ville ? Je devrais dire que je suis tourmentée en cherchant le lapin géant ou l’ange bleu. L’ange bleu, c’est pour la poésie. Le
lapin géant, c’est pour les enfants… N’est-ce pas Valentine ? Ne sommes-nous pas que des enfants au fond de nous-mêmes ? » Et je me parlais, je me parlais ainsi, jusqu’à mon arrivée dans le
parc. Un parc merveilleusement beau. Les nuages jaunes et rouges. Les arbres plus verts que vert. Les écureuils dans les arbres. Je me suis installée sur un banc couvert d’une mousse verte. Je ne
me parlais plus. J’écoutais. J’écoutais le chant des oiseaux, des nuages, du souffle du vent. Rien que des murmures doux, doux. Je ne me disais plus rien. Plus rien.. J’écoutais les soupirs du
parc. Les feuilles des arbres bruissaient. J’écoutais. Un oiseau s’envolait. J'écoutais. Un autre oiseau sautillait vers le banc. J'écoutais son sautillement. Je ne me disais plus rien. Je
sentais une présence.. Je savais qu’il était là. Je ne me disais rien. Je savais. C’est tout. C’est alors, que je l’ai vu. Il cachait ses oreilles, mais je l’ai reconnu avec son regard doux comme
le souffle du vent, comme le bruit de l’eau pure d’une source qui coule dans les bois. Il est venu vers moi. Je ne savais plus quoi lui dire. Et tous les mots sont arrivés dans ma tête. Tous les
mots retenus, seulement pour lui. Je lui ai demandé où il était ? Qui l’avait kidnappé ? Que j’aurais pris les trains du monde entier pour le retrouver. Non, je ne lui ai pas dit cela.. Pas
encore...Il ne fallait pas qu’il connaisse mon tourment.. De la pudeur. Toujours.. Il s’est assis.. Il était beau, vraiment très beau.. Il était serein, mais grave.. Il m’a raconté une histoire
incroyable..
A suivre.
Par clem22
-
102
-
Partager