
La boulangère,
A la gare Saint Lazare, à côté, du kiosque à journaux fermé, Linou le petit écureuil roux et moi, nous regardons les trains passer en surveillant, parfois, l’arrivée, éventuelle, de Pierre le lapin géant.
J’aime regarder les trains. J’aime regarder les gens qui descendent ou qui montent dans un train. J’aime regarder la foule qui se dirige d’un pas de course, vers les stations de métro ou ailleurs. Une foule compacte. Une foule calme et bruyante de silence. Je me demande à quoi pensent tous ces gens ? J’aimerais qu’ils s’arrêtent de courir, qu’ils prennent un peu de temps comme j’aimerais en prendre un peu. J’aime, aussi, ne pas en prendre. J’aime cette course folle. Peut-être, ai-je l’impression de courir vers un absolu. ? J’aimerais que le silence me conduise vers l’absolu. J’y pense jusqu’au moment où je refuse d’y penser.
Ce matin-là, je ne pas cours vers un absolu.
Dans le silence bruyant de la gare et son perpétuel mouvement, un bruit retentit. Un cri strident me fait sursauter. Je pense à Pierre le lapin géant. Allez savoir pourquoi ? Une intuition ? Un pressentiment ? Je n’en sais rien.
Je ne suis pas seule à entendre le cri. Linou le petit écureuil roux saute du cabas et se faufile parmi la foule qui court toujours vers les bouches de métro ou vers les trains de banlieue. Ont-ils entendu le cri presque humain ?
Ils courent. Je leur en veux, presque, de courir sans se retourner, sans se questionner sur ce cri qui retentit encore dans mes tympans.
Les lumières sont, encore, allumées. La foule se disperse. Un vent froid se lève. Les oiseaux dorment sur les panneaux publicitaires ou se blottissent sous les toits éclairés par des lampadaires. Ils forment des boules dorés dans le bleu marine de la nuit qui se dissout peu à peu. Je n’aperçois toujours pas Linou le petit écureuil roux. Je n’aperçois toujours pas Pierre le lapin géant. Je me sens, soudainement, triste et un peu découragée. Où aller ? Je rebrousse chemin. Il me faut revenir dans la gare. Reprendre l’escalator. Me faufiler parmi les gens. Me faufiler parmi la foule. Les kiosques ont ouvert leur porte, les uns après les autres.
Je me dirige vers celui qui se situe au fond de la gare, près de la voie qui dessert les villes les plus proches de Paris. Le kiosque est bien ouvert. Les lumières sont allumées. Le sas est levé. Les gens avancent vers les journaux. J’avance vers le kiosque. J’avance. Mes yeux se posent vers une forme que je reconnais. Quelqu’un qui s’est travesti en être humain et qui ne l’est pas. J’en suis certaine. Convaincue. Je souris intérieurement. Pierre le lapin géant, dans le kiosque, compose un SMS. Il est là.
A suivre..



