Clémentine Sèverin
Nouvelle
Le livre
Elle attend devant le grand portail de la résidence aux murs blancs. Les vitres, éclaboussées par les derniers rayons du soleil, l’éblouissent. Le fond du soleil blanc annonce la pluie pour demain. L’aube du printemps et ses sautes d’humeurs. Le vent froid souffle entre les résidences. Elle est bien habillée. Le vent n’a pas d’emprise sur son corps. Elle aimerait rester là, et regarder les derniers rayons du soleil. Le soleil se dessine sur les nuages rouge orangé. Les jours ont rallongé, se dit-elle. Elle ne vient plus à la tombée de la nuit comme avant la rupture. Une rupture de trois semaines qu’elle a cru définitive. L’hiver a été trop long. Trop triste. Le souvenir de cet hiver disparaîtra-t-il, au cœur du printemps ?
Elle attend devant le grand portail, son petit carnet noir à la main. Les codes pour entrer dans la résidence sont rayés, noircis, broyés. Elle ne voulait plus venir, plus ouvrir les portes de cette résidence. Elle a rayé à l’encre noire, les codes de la résidence. Elle a rayé son nom et son adresse. Elle aurait voulu les oublier. Elle essaie de discerner un chiffre. Des traits noirs ont absorbé les chiffres. Elle n'a pas oublié ses paroles. Des paroles qui ont bouleversé ses rencontres. Elle a annulé les rendez-vous. Des paroles qu’il ne reniera pas. Il ne renie jamais ses insolences. Ainsi, le printemps, renaîtra-t-il ?
La gardienne qu’elle connaît de vue lui ouvre la porte. Elle entre. Elle doute. Va-t-elle prendre l’ascenseur ? Déposera-t-elle, dans la boîte aux lettres, son livre et partira-t-elle sans mots ? Non. Elle a rendez-vous. Elle aurait dû le prévenir qu’elle ne viendrait pas. Il n’aurait pas eu son livre, avant son départ en vacances. Le lira-t-il ? A-t-il lu les autres ? Jamais de retours. Rien. Que du silence ! Un silence qui l’attriste parfois. Un silence auquel, elle s’est habitué. S'est-elle habituée ? Elle n’ose pas lui remettre ce nouveau livre en mains propres. Elle le glissera dans la boîte aux lettres.
Elle regarde autour d’elle. Cherche son nom sur les boîtes aux lettres, dans le coin sombre de l’entrée. Elle ne voit rien sans ses lunettes. Elle n'a pas le courage de les prendre dans son sac à main. Elle aperçoit, enfin, son nom sur la boîte de métal gris dans le coin du mur. Elle dépose le livre.
Elle marche dans le couloir. Elle appelle l’ascenseur et a ttend quelques secondes. L’ascenseur descend trop vite. Elle a encore le temps pour rebrousser chemin, courir dans le couloir, refermer les grilles derrière elle. La porte de l’ascenseur s’ouvre automatiquement. A t-elle le choix ? Il le lui permet. Toujours.
Elle s’est installée dans la salle d’attente. Elle se sent bien. Il suffisait de déposer le livre dans la boîte aux lettres pour qu’elle se sente bien. Elle ne lui en parlera pas. Elle le sait bien.
Elle regarde autour d’elle, lit les titres des journaux sur la table basse, observe les murs blancs et la fenêtre. Elle aimerait ouvrir le rideau pour que la lumière du soir jaillisse et trouble son regard. Le soir descend. Le soleil s’est distillé derrière l’horizon. Elle aimerait que le soleil frappe à la fenêtre. Elle aimerait partir au fin fond du monde dans les horizons lointains.
Elle ne part pas. Il ouvre silencieusement et délicatement la porte. Toujours sobre et élégant. Il lui dit bonjour. Sourit-il, intérieurement ? Elle lui répond : bonsoir-bonjour, avec le sourire.
-2-
Elle est déjà chez elle. Terminée, la journée de travail. Elle se dit qu’il a dû ouvrir sa boîte aux lettres. Il a vu l’enveloppe, l’a confondue avec tout son courrier. Il a déposé le courrier sur son bureau. Il a ouvert l’enveloppe en reconnaissant son écriture. Il a regardé le livre. En a-t-il aimé la belle couverture ? Aimera-t-il ses nouvelles ?
Lui téléphonera-t-il pour la remercier ?
Lui écrira-t-il un mot pour la remercier de son présent ? Non. Il n’écrit jamais. Elle n’attend pas de courrier. Jamais. Elle lui a tellement demandé de lui écrire. ! Il a tellement répondu qu’il ne lui écrirait pas ! Un appel téléphonique, peut-être.
Le téléphone reste muet.
-3-
Il ne lui a pas téléphoné et pas écrit. Elle n’a pas de retour, de son livre qu’elle a écrit avec amour. Pas de retour de sa part. Il lui a sauvé la vie et l’a délivré du poids qui l’empêchait d’écrire ces nouvelles.
Elle saisit le téléphone.
Il n’a pas ouvert sa boîte aux lettres. Il n'ouvre pas la boîte aux lettres, tous les jours, dit-il. Il lui parle un peu. Le ton n’est pas le même qu’avant la rupture de
quelques semaines. Elle ne comprend pas. Elle comprend, seulement, qu’il ne lui écrira pas et ne lui téléphonera pas. Il partira en vacances sans la remercier de son présent. Elle est
triste.
Fin
Ce n'était pas la fin. Elle l'a revu. N'attendait plus un retour de sa part. N'attendait rien. Et lui l'a surprise. Il lui a dit sur un ton sincère, plus que sincère qu'il la félicitait. Il a été navré de la savoir triste. Ce n'était vraiment pas la fin.
La preuve.
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